Les successions vont se multiplier chez les PME

Spécialisée dans la prise de contrôle d’entreprises de taille moyenne, Cross Equity Partners est convaincu qu’un nombre croissant de firmes devront trouver une solution pour assurer la pérennité de leurs activités ces prochaines années

Pour Michael Petersen, co-fondateur de Cross Equity Partners, la situation ne fait aucun doute: compte tenu de l’évolution démographique et de l’arrivée à l’âge de la retraite des «baby-boomers», le nombre de cas de successions à régler à la tête des petites et moyennes entreprises ne va faire que d’augmenter ces prochaines années. «La grande vague est encore à venir», estimait le partenaire et co-fondateur de la société de capital-investissement schwytzoise lors d’un entretien avec Le Temps début juin. La société se concentre sur le segment des PME dotées d’un chiffre d’affaires de l’ordre de 70 à 200 millions de francs, issues de trois aires géographiques, à savoir la Suisse, l’Allemagne du Sud et le Vorarlberg en Autriche.

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Une appréciation qui fait écho à une étude récente de Credit Suisse. D’ici à 2021, entre 70 000 et 80 000 petites et moyennes entreprises helvétiques connaîtront un changement de génération à leur tête. Actuellement, une société sur cinq va au-devant d’une succession au cours des cinq prochaines années, estimait la grande banque dans une étude publiée mercredi. Plus de la moitié des entrepreneurs sont actuellement âgés de 55 à 65 ans.

Rachat de sociétés profitables

Aux yeux de Michael Petersen, l’évolution démographique n’est toutefois pas le seul facteur qui incite des entrepreneurs à envisager de revendre leur société. La crise de l’euro au début de la décennie a été une autre raison d’agir pour certaines entreprises en mains familiales. En Suisse, l’abandon du taux plancher en 2015 a aussi accru la pression sur certaines sociétés helvétiques. En comparaison, les PME allemandes se trouvent actuellement dans une situation plus favorable, estime-t-il.

Toutefois, Cross Equity Partners ne vise pas les sociétés en difficultés, bien au contraire. «Nous nous concentrons avant tout sur des entreprises qui sont leader sur un marché de niche donné et qui sont profitables», souligne le co-fondateur de la société. En cas de rachat, l’effort entrepris par Cross Equity Partners est axé sur une meilleure mise en valeur du potentiel de marché de l’entreprise: «Beaucoup de PME suisses, qui ont des produits fantastiques dans une spécialité donnée, sont relativement peu agressives sur le marché international. Elles n’exploitent pas entièrement leur potentiel sur le marché», souligne le spécialiste qui a auparavant effectué une large partie de sa carrière auprès de la société de private equity 3i.

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Cross Equity Partners a investi dans diverses sociétés suisses incluant notamment Pilatus (aviation), Goldbach Media (publicité dans les médias en ligne), Polymetrix (leader mondial dans les technologies de condensation pour le PET), Micromacinazione (techniques de micronisation pour la pharma et la chimie fine) ou encore SR Technics (maintenance pour le transport aérien). En tout, son portefeuille comprend environ 25 sociétés.

Garder les liens avec la famille des fondateurs

Quel que soit le secteur d’activité des entreprises rachetées, Cross Equity Partners exige toujours de pouvoir prendre un contrôle majoritaire du capital. Cela n’empêche toutefois pas que la famille fondatrice de l’entreprise ou son management puissent conserver une participation minoritaire, typiquement dans un rapport de 80 à 20%. «Le fait que la famille des fondateurs reste dans l’entreprise facilite souvent la phase de transition. Cela aide à préserver la culture de l’entreprise. Il est important que l’entreprise nous soutienne dans notre projet», indique-t-il.

Outre une attitude plus offensive sur les marchés d’exportation, la société de capital-investissement aide parfois aussi les entreprises qu’elle rachète à procéder à des acquisitions. Cela a été le cas de Punker, une entreprise allemande active dans les installations de climatisation comptant quelque 300 collaborateurs, qui, après avoir été reprise, a ensuite racheté une autre société basée au nord de l’Allemagne.

Comment Cross Equity Partners prend-elle contact avec les sociétés qu’elle rachète? «Il y a plusieurs voies qui peuvent nous mettre en contact avec une entreprise qui cherche à régler un problème de succession», souligne-t-il. «Dans certains cas, le contact s’effectue via des boutiques spécialisées dans les fusions et acquisitions ou via des sociétés de révision locales. Parfois, c’est la famille de l’entreprise qui nous contacte directement. Ou alors, il arrive aussi que nous soyons rendus attentifs à des «belles endormies» de par notre propre initiative», explique-t-il.

Des décisions difficiles pour les vendeurs

Il ne minimise pas les difficultés liées à la décision de vendre une société. «Parfois, tous les propriétaires d’une entreprise semblent être d’accord de vendre. Puis, quelques mois plus tard, il arrive qu’un membre de la famille change d’avis, remettant tout le processus de vente en question», raconte-t-il. Des situations qui ne le surprennent pas: «Il faut avoir une certaine compréhension pour les sentiments des propriétaires d’entreprises qui doivent décider de vendre ou non leur entreprise, parfois en main familiale depuis plusieurs générations», ajoute-t-il.

Les caisses de pension ne regardent que les coûts

Côté investisseurs, Cross Equity Partners est ouvert à tous. Seule condition: 5 millions de francs est le montant minimal requis! Du côté des investisseurs institutionnels, Michael Peterson déplore actuellement une certaine frilosité de la part des caisses de pension. Selon lui, beaucoup de caisses de pension ne considèrent la situation que d’un seul œil. «Elles ne tiennent compte que des frais, sans s’intéresser à la performance», juge-t-il. Avec des commissions de 2,5% par an, les frais prélevés par la société ne sont pas bon marché, admet-il. Toutefois, dans une perspective de long terme, la performance annuelle nette (après commissions) réalisée par le fonds, supérieure à 10%, reste tout à fait intéressante pour les investisseurs, argumente-t-il. Ceux-ci doivent toutefois avoir un horizon d’investissement à long terme: en effet, il s’agit d’un fonds fermé, bloqué pour une période de dix ans, ce qui signifie qu’un vendeur ne peut vendre sa part que s’il trouve un autre acquéreur durant la période considérée

 

De Yves Hulmann

Camille CotonnecLes successions vont se multiplier chez les PME